Communiqué de presse du 29 janvier 2006,
Cap21 s’insurge contre la hausse de 5% du prix du livre dans les DOM, décidée par le gouvernement pour limiter les dépenses budgétaires, et demande le maintien du prix du livre au niveau actuel.
Le ministère de la Culture a en effet décidé de diminuer très nettement son engagement financier dans le transport des livres de Métropole vers les DOM. C’est pour compenser ce manque à gagner pour les libraires qu’il a décidé d’augmenter de 5% supplémentaire le prix du livre.
Cette décision va à l’encontre de l’accès égal de tous les français à la lecture, voulu par la loi LOM de 2000 et qui est un réel succès. Et parce que cette politique en faveur du livre est une réussite, elle devrait être arrêtée en plein vol faute de moyens ?
Cette décision remet en question tout un secteur de l’économie domienne déjà fragile : la librairie indépendante, dont le volume de ventes diminuera, les bibliothèques et les municipalités qui les subventionnent, qui devront payer plus cher la même quantité de livres, les écoles et collèges, qui auront plus de mal à se faire approvisionner dans des délais raisonnables, ainsi que la création littéraire des Antilles, dont les ouvrages, très prisés sur place seront moins vendus.
Nous aurions pu comprendre que pour des raisons écologiques la prise en charge du transport par l’Etat ait été progressivement réduite. Mais cette décision est uniquement prise pour des raisons budgétaires conjoncturelles, de surcroît dans un contexte de hausse globale du budget de la culture, en progression de 4,9% à 3 milliards d’€.
Ce n’est pas au livre, dont le budget est en baisse, ni a fortiori à l’aide à la distribution du livre dans les Dom-tom, (qui représente 4 Millions d’€, soit 0,1% du budget total) de faire les frais d’une politique de restriction budgétaire.
Le mécanisme actuel ne relève pas de la catégorie des simples frais de gestion, que l’on peut comprimer à loisir ; il est la concrétisation d’une politique de long terme mûrement réfléchie, dont les effets bénéfiques commencent à se faire sentir. Sa réussite est certes permise par les aides du ministère de la Culture mais elle est essentiellement due à l’action sur le terrain des librairies, des bibliothèques et des médias locaux en faveur du livre.
En remettant en cause du jour au lendemain les modalités de la politique d’aide à la librairie dans les DOM pour réaliser quelques économies budgétaires, le ministère de la Culture ne fait pas preuve de bonne gestion, mais de gestion à court terme.
En sappant d’un coup de crayon plusieurs années d’efforts des libraires pour promouvoir le livre et la culture, il fait la preuve d’un manque de respect pour une profession qu’il est pourtant censé représenter et défendre. Le peu de place laissé au livre dans le discours de présentation du budget par M. Donnedieu de Vabres confirme ce manque d’intérêt pour cet aspect de la Culture.
En laissant à la charge du lecteur des Dom-Tom la totalité des conséquences financières de la hausse de l’énergie, l’Etat met au placard le principe de solidarité de la nation avec ses citoyens d’Outre-Mer, principe qui était pourtant le fondement des lois d’orientation successives. Dans un contexte de hausse inéluctable des coûts du transport, doit-on prévoir pour les années à venir une hausse régulière du prix du livre ?
Face à cette situation, Cap21 demande :
- que le du prix du livre soit maintenu à son niveau actuel, soit le prix métropole +10%, pour ne pas casser la dynamique fragile de conquête d’un lectorat engagée depuis plusieurs années.
- que le volume de l’aide budgetée soit indexé sur celui de la demande de livres, dont la progression reflète la croissance démographique locale et un plus grand intérêt pour la lecture.
- que l’on ne prenne pas prétexte de la hausse des coûts du transport pour justifier cette mesure, car les taux de prise en charge sont déjà appliqués sur des tarifs qui reflètent le coût réel du transport pratiqué par les prestataires.
- que le service de transport maritime existant soit amélioré, en termes de délais et surtout de fiabilité, pour inciter les libraires à l’utiliser davantage.
- qu’un quota de transport minimal dans les conditions actuelles soit préservé, pour que le libraire puisse continuer à jouer son rôle de mise en avant des nouveautés et de conseil pour le lecteur. Par exemple, on propose que les premiers 30% des ouvrages transportés bénéficient du taux actuel de prise en charge, et que seules les tranches suivantes soient dégressives.
Dans le contexte actuel des relations entre la Métropole et les départements d’Outre-Mer, il nous semble malvenu pour le gouvernement de prendre sans concertation préalable des mesures tendant à remettre en cause la solidarité nationale, en l’occurrence l’accès égal de tous à la culture.
Cap21 ne doute pas que les professionnels du livre réagiront à cette décision, et propose de faire un front commun avec les professionnels, les écrivains et les élus locaux pour s’opposer à cette décision.